L'interprète de la nouba algéroise

     
     
 

L'artiste algérienne Beihdja Rahal… Etait invitée d'honneur du festival de la musique tunisienne… Elle a chanté lors du spectacle de clôture le soir du samedi 31 mars 2007 dernier, nous l'avons rencontré dans les coulisses… Et nous avons fixé un rendez-vous pour le lendemain à l'aéroport international de Tunis Carthage avant son retour à Paris… Voici l'entretien qu'elle nous a accordé.

 

Si Beihdja Rahal devait se présenter ?

Beihdja Rahal est une artiste algérienne qui interprète le patrimoine classique algérien, en particulier la nouba andalouse propre à l'école d'Alger, la çanaâ. En Algérie, il existe trois écoles de musique andalouse. L'école constantinoise malouf, l'école algéroise çanaâ et l'école tlemcenienne gharnati. Beihdja Rahal interprète la nouba algéroise.

 

Quel est votre palmarès artistique ?

J'ai quinze albums sur le marché algérien et six en Europe, un autre album sortira en Algérie en en Europe au courant du mois de juin 2007. Il comportera deux noubas, une dans le mode m'djenba et une dans le mode mezmoum. Il sera édité par l'Institut du Monde Arabe à Paris.

 

Quel est l'âge du parcours artistique de Beihdja Rahal dans la çanaâ ?

Ma formation andalouse a commencé en 1974. J'ai 14 ans de parcours professionnel mais ça ne m'empêche pas de continuer ma formation en parallèle. Quand on interprète un patrimoine il est nécessaire de rester en contact permanant avec les maîtres, la formation continue.

 

Quel sont les maîtres qui ont formé Beihdja ?

Les maîtres Mohamed Khaznadji et Abderrezak Fakhardji. Le premier qui m'a appris a posé mes doigts sur la mandoline était Zoubir Kakachi "rahimahou ellah".

 

Quel est votre modèle dans la musique andalouse ?

Je ne peux pas dire que j'ai un modèle donc un nom précis à donné. Tous ceux que j'écoute et qui me plaisent sont des modèles pour moi dans la musique andalouse. De chaque maître j'ai pris un concentré pour construire ma propre personnalité.

 

Vos ambitions en musique ?

Les ambitions de chaque artiste est d'arriver au sommet, mon rêve est d'interpréter tout le patrimoine çanaâ et surtout de l'enregistrer pour qu'un jour on puisse associer mon nom à la nouba andalouse. C'est ça mon ambition, mon rêve. A Alger on m'appelle madame nouba, je souhaite garder ce surnom longtemps.

 

Est-ce que vous avez pensé interpréter un autre genre musical ?

Ce n'est pas ma priorité. Ma priorité est la nouba andalouse. Je pense que la musique orientale, ou n'importe quel autre genre, est bien représenté, même chez nous en Algérie nous avons beaucoup d'artistes qui interprètent ce genre musical en Egypte et en Syrie. Mon but est de faire découvrir la musique andalouse au Moyen-Orient, cette musique où je me sens le mieux.

J'aime écouter l'oriental (Oum Kaltoum, Asmahane) mais je ne me vois pas l'interpréter. Je ne lui donnerai jamais l'âme que lui donnent les chanteurs orientaux qui le ressentent mieux que moi. Je chante ce que je ressens le plus, c'est comme ça que le message passera au grand public.

 

Je reviens à vos ambitions, où en êtes-vous ?

Je n'ai encore rien fait. En 1995, j'ai enregistré mon premier album à Paris, il était disponible en Europe et en Algérie. Au départ, ce n'était que par plaisir puis la réussite de cet album m'a poussé à continuer et me voilà au 15 ème et un 16 ème en route. Il sera sur le marché le 31 mars 2007 en Algérie. Cette réussite m'encourage à maintenir la production de CD mais je suis loin d'avoir réalisé mes vœux.

 

Quelles relations avez-vous avec la presse algérienne ?

Je connais pratiquement tous les journalistes et critiques culturels algériens, j'ai de très bonnes relations avec eux, Dieu merci.

 

Et avec la presse tunisienne ?

J'ai découvert et connu les journalistes tunisiens dernièrement. Les télévisions, la presse et toutes les radions tunisiennes étaient présentes au théâtre national. Les médias tunisiens suivent les évènements culturels, je ne les connaissais pas avant mais maintenant je sais qu'ils sont très dynamiques.

 

Et avec la presse arabe ?

Je connais quelques journalistes installés à Paris et certains qui viennent aux concerts (Egypte, Jordanie), les autres je le les connais pas. Je suis bien connue par le journal El Arab.

 

Quel est le niveau de la chanson arabe ?

Il est bon. Même parmi la jeune génération, il y a ceux qui interprètent la chanson arabe. Lors du festival de la musique tunisienne, j'ai écouté des jeunes chanter le patrimoine tunisien, je pense que l'avenir est très promettant. La grande musique a sa place parmi ces nouvelles musiques rythmées même si la concurrence est rude.

 

Quel est le plus beau concert que Beihdja Rahal a présenté ?

Il y en a plusieurs. Je ne pourrai pas citer le plus beau concert mais au moins quelques uns qui restent gravés comme celui de l'année 2001 à l'Ile de la Réunion. Pourquoi ce concert restera gravé dans ma mémoire, c'est parce que j'ai rencontré Cheikh El Hasnauoi quelques mois avant son décès. Son nom a marqué la culture algérienne. Il chantait en arabe et en kabyle.

 

Comment vous êtes vous préparée pour ce festival de la musique tunisienne ?

J'ai été invité par la directrice du festival Sonia Mbarek. Comme nous allons donner deux concerts ensemble au festival des musiques sacrées de Fès le 6 et 7 juin 2007, elle m'a proposé de commencer par Tunis, je ne pouvais refuser une invitation de ce genre. Surtout que la soirée était maghrébine et c'est la première fois que j'ai le plaisir de chanter avec des artistes de Mauritanie. J'ai eu l'honneur d'être accompagnée par un orchestre tunisien, je remercie par la même occasion son chef d'orchestre Abdelhakim Belgayed.

 

Que pensez-vous du niveau de la musique tunisienne ?

Les musiciens qui m'ont accompagné ont accompagné tous les chanteurs maghrébins en plus des chanteurs tunisiens. J'ai été agréablement surprise par le niveau très raffiné de chacun d'eux.

 

Vos projets ?

Le 11 avril je serai à Alger. Je donnerai deux concerts dans le sud de la France. Je serai au festival de Fès puis en Allemagne le 8 juillet.

 

Que comporte votre nouvel album ?

J'ai chanté trois poétesses. Oum El Ala, Oum El Hana et Wallada Bint El Moustakfi. J'ai chanté la poésie féminine pour rendre hommage à l'artiste femme.

 

De combien de musiciens est composé votre orchestre ?

Mon orchestre à Paris est constitué de six musiciens, tous algériens. Il est plus important à Alger, il est constitué de dix musiciens.

 

Un dernier mot ?

J'espère que le public tunisien ainsi que les médias ont pu découvrir une partie de notre musique andalouse, la çanaâ. Et j'espère leur présenter plus à l'avenir.

 

Propos recueillis par Hsainia Abdelhafidh
"AL-ARAB INTERNATIONAL (Tunis)" vendredi 13 avril 2007