L'amour « non caché » des poétesses andalouses 

     
     
 

La première halte constantinoise de Beihdja Rahal a été un moment riche de par les contacts qu'elle a pu avoir avec les poètes du cru, les artistes et les intellectuels, venus en nombre la saluer, discuter à bâtons rompus avec cette diva de la Sanaâ, et surtout l'écouter préluder avec grande émotion quelques extraits de son dernier opus.

Cet événement culturel, qui s'est tenu samedi, grâce à l'effort et à la bonne volonté de la librairie Média Plus, a permis à « Madame Nouba », (comme elle aime à être nommée), d'aller à la rencontre d'un public, conquis et intéressé par la poésie. Beihdja Rahal était accompagnée, pour l'occasion, de son mari, Nadji Hamma. Décontractée, en pantalon et veston, une Kouitra entre les mains, elle dira vouloir donner un concert à Constantine « dès que possible, et dès que l'invitation m'en sera faite, sinon demain même ».

S'agissant de son dernier album, la nouba raml 2, elle dira que le choix s'est fait sur la base d'une thématique déjà entamée en 2002 avec la sortie de la première nouba raml. Ainsi, ce sont deux noubas qui consacrent l'une des plus belles histoires d'amour d'Andalousie. Le mode raml a été judicieusement choisi par Beihdja Rahal, et par deux fois d'ailleurs, pour rendre un hommage aux poétesses d'Al Andalous.

En effet, l'amour « non caché » des poétesses andalouses reste un sujet qui lui tient fortement à cur, d'autant que l'histoire d'amour de la princesse Wallada, fille du dernier calife Omeyyade de Cordoue et d'Ibn Zeydoun (907-1025), pour le raffinement et la fluidité de sa métrique poétique, est une histoire tragique et très poignante.

Beihdja Rahal a gratifié le public constantinois de quelques extraits de cette nouba magnifique, notamment avec des passages du poème d'Ibn Zeydoun « Laha allahou yewman » qu'elle interprétera en Istikhbar, pour ensuite, et d'une voix angélique passer à un Btaïhi raml « Hel ra'ayt chemss el'acil », un texte Mafkoud (égaré), qu'elle a déterré pour le bonheur de ses fans.

Le débat qui a marqué cette rencontre infiniment intime, a permis à Madame nouba de se désoler de l'absence de politiques culturelles, de l'absence de formation musicale dans le système éducatif.

 

Djamel B.
"EL WATAN" mercredi 5 mars 2008