Beihdja Rahal jette son dévolu sur la Nouba Rasd Eddil

     
     
 

 

«Lorsque ma patience s'anéantit, et que ma fermeté faiblit. Lorsque le sommeil me quitta et que mon lit me fut interdit, je me plaignais au juge des amants ; mais ceux que j'aime, injustes avec moi, m'ont reproché de m'être porté plaignant».

C'est avec les paroles de cet éploré istikhbar, chanté langoureusement dans le mode maoual que Beihdja Rahal, résuma les complaintes des poètes andalous ayant composé les textes de la nouba rasd eddil. Et c'est cette nouba qui fut l'objet de son 25e album pour lequel un concert a été donné, samedi dernier, à la salle El Mougar d'Alger.

Devant un public acquis à sa cause, Beihdja Rahal étala, comme à l'accoutumée, son talent de chanteuse sachant manier la voix et le jeu d'instrument. Alors qu'elle a tenu à respecter scrupuleusement l'ordre des mouvements de la nouba, elle s'est permis toutefois d'alterner les strophes de deux pièces musicales dites inquilabat pour les fusionner et en faire un seul mouvement. Sans coup férir, elle les interpréta excellemment au point où l'on ne se rendit même pas compte que ce fut deux en un.

Cette fois, Beihdja Rahal a choisi comme masdar un poème intitulé «Ya ouchaq» (ô amoureux) et un btaïhi «ya men sada saydi» (qui a chassé une proie comme la mienne ?) avant de terminer les mouvements longs avec un derdj ayant pour titre Mani kohil (je n'ai pas mis de khôl et il est loin de me noircir les yeux). Une suite de trois insirafat et deux khlassat clôtureront la première partie de cette soirée représentant le contenu de son dernier opus.

Il s'ensuit un programme d'un autre registre musical, celui du style aroubi. Et c'est par un bit ou siah écrit par le mufti Mohamed Benchahed qu'elle charma le public. Il s'agit d'une autre complainte composée en 1842 par ce dernier suite à la déportation de son ami Mustapha Benkbabti, un autre mufti qui s'est opposé à l'introduction par les colons de la langue française dans les écoles coraniques. Cette chanson qui s'intitule «Kif yehna qalb el moudhna ou kif yeslou» (comment le cur du malade peut-il se rasséréner et se réjouir) fut une réponse à une poésie envoyée d'Alexandrie par le mufti Benkbabti pour décrire son mal suite à son exil. Il s'agit de la fameuse chanson Men yebate yra'î lehbab (Celui qui s'impatiente de voir les amis).

Enfin, Beihdja Rahal termina son récital par un aroubi titré «hadha el hob el gheddar» (l'amour est perfide). Elle donna rendez-vous pour un autre album et pâmer ainsi de joie les férus de la musique arabo-andalouse.

 

Mohamed Belarbi
"LE SOIR D'ALGERIE" lundi 25 avril 2016