L'artiste Beihdja Rahal à “LIBERTɔ

     
     
 

“Il faut que les générations futures découvrent et apprennent la nouba dans son intégralité”

Beihdja Rahal donnera un concert événement, ce soir à 22h30 à la salle El-mouggar, à l'occasion de la sortie de son 23e album, Nouba Mdjenba (Belda diffusion). À l'issue de ce concert unique dans la capitale, elle procédera à une vente-dédicace. Dans cet entretien, elle revient sur les préparatifs de ce disque ainsi que sur le travail d' enregistrement de la nouba qu'elle mène depuis près de 20 ans, et les cours qu'elle dispense.

 

Pourriez-vous nous parler de votre nouvel album (le 23e), Nouba Mdjenba, et de sa préparation ?

Un album me prend pratiquement une année entre le choix de la nouba, la préparation, le travail avec les musiciens puis l'enregistrement en studio. Je choisis moi-même le mode, puis je fais un choix parmi les pièces formant la nouba. Je choisis en priorité les morceaux peu interprétés ou peu connus.

 

Pour quelle raison vous avez interprété une touchia - qui ne fait pas partie de la nouba ?

En 1995, j'avais enregistré un touchia zidane dans mon premier album , le public en parle encore. Vingt ans après, j'ai choisi la touchia raml, car elle est peu interprétée. Elle ne fait pas partie de la nouba, mais il est nécessaire de les jouer sur scène ou en studio, c'est une manière de les sauvegarder. Dans cet album il y a onze pièces avec un inqilab djarka en introduction.

 

Quelles sont les difficultés que vous rencontrez lorsque vous entamez la préparation d'un nouveau disque ?

Ce n'est pas lors de la préparation que je rencontre des difficultés, c'est plutôt lors de l'enregistrement et même après. Je programme mon voyage en Algérie des mois avant, je m'entends avec l' ingénieur du son pour bloquer une quinzaine de jours à un mois. Il arrive que ça soit décalé ou retardé. Une fois la nouba enregistrée, il arrive qu'il y ait du retard chez l'éditeur, car les machines chez l'imprimeur sont en panne, le CD ne peut pas être pressé… Des détails qui retardent la sortie de l'album.

J'ai eu le soutien de l'Onda et d'Air Algérie. Il est important d'avoir des aides d'organismes qui soutiennent la création et le patrimoine. L'Onci aussi me soutient dans la promotion artistique. Il m'organise une tournée promotionnelle qui me donne la chance et l'honneur de présenter ma nouba au public algérien dès que l'album est disponible chez Belda diffusion.

 

Vous avez entamé, depuis 1995, un travail d'enregistrement qui est à la fois artistique, pédagogique et de sauvegarde. Pourriez-vous nous en parler ?

J'ai appris cette musique par des maîtres. Grâce à eux je connais une très grande partie du patrimoine andalou. Il est de mon devoir de le transmettre à mon tour. Je n'ai pas le droit de le garder. Il faut que les générations futures découvrent et apprennent la nouba dans son intégralité. Ça leur permet de pouvoir faire la différence entre les modes et les mouvements. Je ne cible pas seulement le public averti, je cible aussi le large public qui souhaite découvrir ce genre musical.

 

Comment s'est opéré votre passage de la musique à l'écriture, puisque, outre votre collaboration sur vos albums avec Saadane Benbabaali, vous avez également sorti ensemble deux ouvrages ?

Je ne me suis pas lancée dans l'écriture ! Avec Saadane Benbabaali, professeur de littérature arabe à Paris III, nous avons publié deux ouvrages, mais chacun de nous avait un rôle précis. Saadane pour la partie littéraire et moi pour la partie musicale. Chacun s'est occupé de la partie qu'il connaît le mieux, c'est ainsi que nos publications ont eu du succès. J'ai pensé mettre la traduction en français de toute la poésie chantée dans mes albums. J'ai contacté Saadane Benbabaali car il est spécialiste du mouwashah andalou. Quelques années plus tard, nous avons eu l'idée de travailler d'une manière plus approfondie sur ce volet littéraire.

 

Vous donnez des cours également pour enfants à l'Elco et pour adultes dans l'association Rythmeharmonie...

Je donne des cours pour enfants à Paris depuis une quinzaine d'années. Chaque année, j'ai plus d'une cinquantaine d'élèves. Ma priorité est pour les enfants, c'est la relève de demain. Il existe beaucoup d'associations en Algérie où les jeunes ont la possibilité d'apprendre la nouba, pourquoi ne pas donner la même chance aux jeunes issus de l'immigration. L'association Rythmeharmonie se consacre pour le moment aux adultes désirant apprendre la nouba en particulier. Les personnes qui s'inscrivent savent, dès le départ, que notre priorité est l'apprentissage de la musique çanaa. Notre but est la formation.

À la création de l'association, nous avions une classe d'une dizaine d'élèves seulement, cette année nous avons plus de trente élèves répartis en deux classes. Nous en attendons un peu plus à partir du mois de septembre prochain. Le 16 juin dernier, les deux groupes ont donné un spectacle de fin d'année au centre culturel algérien à Paris. Des inqilabate pour le premier niveau et une nouba raml el maya pour le  2e niveau. En toute modestie, ils peuvent être programmés dans tous les festivals de musique andalouse.

Après son concert de ce soir, Beihdja Rahal entamera une tournée : elle sera demain à Mostaganem, après-demain à Relizane et mardi 15 juillet à Mascara.

 

Entretien réalisé par Sara Kharfi
"LIBERTE" mardi 8 juillet 2014